2008, retour en Lorraine - Mois de la photo à Paris

La photographie, trente ans après, telle la trame d’un roman épique ne serait qu’une fabrique à souvenirs si elle ne concernait le démantèlement de tout un pan de l’industrie lourde française, socle ancestral de l’économie, rayant de la carte des symboles des forteresses comme Usinor/Sacilor, jetant vingt mille ouvriers lorrains sur le marché du travail avec la seule promesse d’avenir de jouer au Schtroumpfs dans un parc d’attractions ou d’animer l’indispensable écomusée de la sidérurgie.

Cet avenir dérisoire en dit long sur le scandale.

La Lorraine, ce bassin de vies héritières glorieuses et aristocratiques d’une histoire ouvrière forte et emblématique. André Lejarre et Alex Jordan, membres fondateurs du Bar Floréal y avaient fait leurs premières armes, figurant leur engagement social déjà fort et tissant là les prémices d’une œuvre « concernée » qui se poursuit aujourd’hui dans le partage avec d’autres photographes.

Leurs travaux, ancrés dans une double tradition, celle de l’indignation citoyenne d’abord et celle des photographes qui en décousent avec la réalité de notre monde, qui documentent le paysage social… depuis trente ans donc. Au noir et blanc aussi radical qu’engagé de l’époque, la couleur ou le panoramique tout comme le moyen format qui se substituent au Leica ou encore le moyen de l’installation, signifient l’ancrage contemporain de ces photographes qui réfutent tout romantisme de l’avant/après : celui de l’esthétique de l’herbe folle et du désenchantement.

Ils sont dix à dresser une carte du paysage humain de la Lorraine.

Dominique Gaessler (extrait)

  

 Une exposition initialement présentée à la Maison des métallos et dans la
 Galerie du bar Floréal dans le cadre du Mois de la Photo à Paris, novembre 2008,
 puis dans la ville de Mont-Saint-Martin en mai 2009,
 puis à Uckange, sur le site de l’U4, en octobre 2010